Accompagnement pédagogique

L’objectif des Équipes d’Action Contre le Proxénétisme, à travers cette campagne de sensibilisation auprès des jeunes, est de les informer et les prévenir des risques prostitutionnels mais aussi de promouvoir les relations égalitaires femmes/hommes. En effet, ce projet ne consiste pas seulement à prévenir le risque de se prostituer mais également à « interrompre la chaîne de fabrication des clients et des proxénètes ».

L’intention de cette campagne est de lutter contre les préjugés, le sexisme, les relations inégalitaires, de remédier à la méconnaissance du phénomène prostitutionnel et de déconstruire les mythes et les stéréotypes en abordant de multiples définitions et thèmes touchant à la prostitution. En effet, malgré l’affirmation répétée de principes tels que la mixité, l’égalité, la parité, notre environnement demeure marqué par une division sexuée des tâches, des comportements et des habitudes ; un sexisme insidieux continue de colorer les rapports à l’intérieur de la famille, dans les établissements scolaires comme dans les médias. Il semble donc nécessaire de proposer une réflexion sur les rôles sexués et les représentations qui continuent de modeler les garçons et les filles dans le but d’interroger les stéréotypes et de prévenir les actes et les violences sexistes. Le siècle qui vient de s’ouvrir doit être celui où se mobiliseront d’autres énergies pour que l’esclavage sexuel soit banni.

Ce projet vise aussi à changer l’image de la prostitution dans l’opinion publique et prévenir des risques (maladies, santé physique et psychique) et informer sur les méthodes d’action contre le système prostitutionnel et les dispositifs d’accompagnement des personnes prostituées de l’association.

Nous visons aujourd’hui des lycéens et des étudiants d’école supérieure en tant qu’interlocuteurs de nos interventions de sensibilisation et d’information pour de multiples raisons. Les jeunes maîtrisent parfaitement les nouvelles technologies de communication et dès lors sont très présents sur la toile et ses réseaux sociaux.

C’est un public qui est donc de plus en plus tôt confronté à divers contenus sensibles issus du web (telle que la pornographie) et s’expose ainsi aux discours amenant à la banalisation de la vente des corps et donc à la banalisation de la prostitution, tant l’acte que l’achat. En effet, d’après une étude, 70% des garçons regardent des films pornographiques (occasionnellement ou régulièrement) et il s’agit d’une pratique qui commence dès le collège.

L’analyse croisée des autres questions de cette même étude a montré que ces jeunes pensent que la pornographie est un bon moyen d’apprendre à faire l’amour, qu’ils pourront un jour acheter un acte sexuel, que la prostitution n’est pas un frein à l’égalité homme/femme et que le système qui produit la prostitution ne doit pas être aboli à l’inverse de celles et ceux qui ne consomment pas de pornographie.

Il s’agit donc là d’un sujet sur lequel nous nous devons d’agir. De plus, nous nous sommes rendu compte qu’il y avait une réelle méconnaissance du sujet et un vrai désir d’information à ce sujet. Effectivement, d’après une étude de 2013 du Mouvement du Nid (réalisée à partir d’un questionnaire à remplir), les attentes les plus fortes des jeunes de 14/25 ans concernant des éléments d’information ou des lieux d’échange sont sur le risque prostitutionnel en premier lieu parmi une liste dans laquelle figurait : les relations filles/garçons, les violences sexuelles, les maladies sexuellement transmissibles ainsi que la contraception.

Par ailleurs, la prostitution est parfois très attirante pour les jeunes car ils y perçoivent quelques avantages comme : vivre dans une ambiance festive, rompre la solitude, se revaloriser par l’argent (argent rapidement gagné), avoir l’impression d’avoir du pouvoir, éprouver un sentiment de liberté, de non conformisme. De plus, les jeunes sont aujourd’hui victimes de la société de consommation dans laquelle il faut sans cesse « être à la mode » et ont développés une certaine fascination pour le luxe et l’argent. Le danger pour les jeunes se trouve également dans le fait que l’image de la prostitution, qui est largement répandue, est banalisée, confondue avec une autre sexualité, notamment sans engagement.