Procès

Massages naturistes dans deux salons parisiens – 3 novembre 2017

Madame Zhang, à la tête de deux salons de massage naturistes, a été condamnée, vendredi 3 novembre 2017, à cinq ans de prison et 30 000 euros d’amende pour proxénétisme aggravé. Compte-rendu.

Vendredi 3 novembre 2017, Madame Zhang, gérante de deux salons de massage représentant quinze salariées, s’est avancée à la barre de la 14ème chambre du tribunal correctionnel de Paris. Elle était accusée d’avoir « accepté et toléré qu’une ou plusieurs personnes se livrent à la prostitution » sur leur lieu de travail.

Monsieur Cheng, son ex-mari et également prévenu dans cette procédure, était absent au procès. Accusé d’être complice des agissements de son ex femme, il s’est enfui en Chine quand il a appris son arrestation.

Trois victimes étaient présentes. Ouiza Ait Aouida, qui était représentée par Maître Meplain (avocate des Équipes d’Action Contre le Proxénétisme), Edwine Blancher, chargée du recrutement des masseuses, et Karima Abdenbi. Ouiza et Karima étaient, elles, deux masseuses.

Massages « body body », douches entre masseuses et clients

Le salon de massage proposait des prestations naturistes. Pour attirer les clients, des annonces étaient postées sur Vivastreet. Ces dernières proposaient clairement des relations sexuelles avec les masseuses.

Madame Zhang s’est défendue, en disant que c’est une technique commerciale. Arguant que les relations sexuelles avec les clients sont interdites.

Tous types de massages étaient proposés. Notamment le « Body Body », la masseuse masse le client avec son corps nu, ou des douches prises entre masseuses et clients. Il pouvait y avoir des dérapages mais « jamais de relations sexuelles, c’est interdit », précise Madame Zhang.

Les masseuses sont unanimes sur un point : le prix. Ce dernier comprenait une « finition main », soit une prestation sexuelle sous forme de massage (fellation, masturbation). Ces prestations n’étaient pas proposées de façon explicite. Toutefois, si le client le réclamait, c’était possible puisque tolérée par  la gérante.

Elles ne touchaient que la moitié de la somme

Les tarifs variaient entre 150 et 280 euros selon le type de massage et le temps de la prestation. Mais les masseuses ne touchaient que la moitié de la somme. Et les deux salons de massages étaient assez lucratifs puisque les recettes pouvaient s’élever jusqu’à, environ, 160 000 euros par mois.

En clair, les masseuses étaient sous payées, pour le travail qu’elles faisaient.

Le client pouvait choisir la fille

Les salariées étaient payées en fonction des prestations réalisées. Le client avait la possibilité de choisir avec qui allait se dérouler la séance. Si une masseuse n’était sélectionnée par aucun client, elle n’était pas payée.

Par ailleurs, les masseuses pouvaient percevoir des amendes (retrait d’une certaine somme de leur salaire journalier) si elles étaient en retard ou ne nettoyaient pas le salon. Elles n’étaient payées qu’en espèces et n’avaient pas de bulletin de paie pour justifier leur salaire.

La gérante fermait les yeux sur les débordements

Maître Vanina Meplain, avocate au barreau de Paris et Conseil des Équipes d’Action Contre le Proxénétisme (EACP), a tenu à revenir, dans sa plaidoirie, sur la définition d’une « prestation sexuelle ».

« C’est une prestation avec finition manuelle menée à terme. Étant donné que ces finitions sont comprises dans le prix, il ne peut y avoir ni négociation ni « bonus » si la masseuse est amené à réaliser ces finitions », a-t-elle précisé.

Concernant les questions de pression et de consentement, elle a reconnu que les victimes n’avaient pas affaire à un proxénète qui les forçait à avoir des relations sexuelles avec les clients. Cependant, la gérante fermait les yeux sur les débordements qu’il pouvait y avoir entre masseuses et clients.

De plus, il y avait incitation à la prostitution dans la mesure où il était exigé, aux masseuses, d’être sensuelles, afin de fidéliser le client. Cette première pression était associée à une pression financière.

Car ces femmes, dépendantes économiquement, étaient sous la menace de percevoir des amendes si leur travail n’était pas fait correctement. Aussi, leur salaire dépendait de leur capacité à se vendre et à plaire aux clients, car leur place était remise en cause si elles refusaient les finitions mains.

10 000 euros demandés pour notre association

Pour les victimes, Maître Meplain a demandé 26 640 euros de préjudice moral et 3 000 euros de préjudice économique. Le préjudice économique se justifie par le manque de bulletins de salaire, qui ne permet pas aux victimes d’avoir accès aux Assedic ou autres allocations.

Pour l’association, notre avocate a demandé 10 000 euros, afin de nous permettre d’accueillir d’autres victimes et de les prendre en charge.

« Accepter toute offre d’emploi »

Face à la question du consentement, l’avocat a précisé que, dans une situation de précarité, on peut être amené à accepter toutes sortes d’offre d’emploi.

Cependant, cette situation correspond à de « l’esclavage des temps modernes », au vu de leurs conditions de travail.

Une activité belle et bien « lucrative »

« Contrairement à ce que l’accusée déclare, les salons de massages étaient bels et bien lucratifs, quand on voit les sommes saisies par la Cour des comptes », a précisé le procureur. En effet, 39 000 euros ont été saisis pour le premier salon, et 46 000 pour le deuxième.

Le juge a condamné Madame Zhang à cinq ans de prison pour proxénétisme aggravée et proxénétisme immobilier, 30 000 euros d’amende et les sommes saisies ont été confisquées.

Son mari, Monsieur Cheng, toujours en fuite, a été condamné à dix-huit mois d’enfermement et 5 000 euros d’amende.

Les victimes ont, elles, reçu 2 000 euros de préjudice moral et 7 000 euros de préjudice économique. La personne chargée du recrutement des masseuses, Madame Blancher, a touché 2 000 euros au terme du préjudice moral et 4 440 euros de préjudice économique.

À la suite de la plaidoirie de Maître Meplain, les Équipes d’Action Contre le Proxénétisme ont touché 5 000 euros. Les deux prévenus devront leur verser 400 euros chacun.

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